Contraction de l’expression anglaise International Police, Interpol est une organisation internationale créée en 1923 dans le but de promouvoir la coopération policière internationale. Le nom complet en français est Organisation internationale police criminelle. La tendance est à une multiplication des organes compétents pour lutter contre les atteintes aux biens culturels. Au niveau international, Interpol joue un rôle prédominant, mais non exclusif.
Deux principales institutions exercent une compétence concurrente de celle d’Interpol. L’European Police Office (Europol) est un office de police criminelle intergouvernemental qui facilite l’échange de renseignements entre polices nationales en matière de criminalité internationale au sein de l’Union européenne. Le Système d'information Schengen (SIS) est quant à lui un fichier informatique utilisé par certains membres de l’Union européenne dans le cadre de la Convention de Schengen et de la coopération policière européenne.
Si davantage d’organes internationaux s’estiment juridiquement compétents pour lutter contre le phénomène, Interpol occupe une position prédominante qui ne doit cependant pas occulter le travail réalisé par les diverses autorités nationales.
Interpol joue un rôle prédominant dans la lutte internationale contre le trafic de biens culturels. Cette autorité est reconnue par cent quatre-seize États.
En 2025, seuls deux Etats bien que membres de l'ONU n'adhèrent pas à Interpol (Corée du Nord et Tuvalu). Interpol est la première organisation internationale devant l’Organisation des Nations unies.
Interpol est engagé dans le combat mené contre le commerce illicite de biens culturels depuis janvier 1946, date de la publication de la première notice internationale sur les objets d’art.
Cette première notice (accessible sur le site internet d'Interpol) concernait des timbres de grande valeur datant du XIXe siècle dérobés à un collectionneur allemand assassiné en forêt par un soldat belge à la fin de la Seconde Guerre mondiale (C. CORNEVIN, Interpol expose son fameux catalogue d’œuvres d’art volées, Le Figaro, 28 sept. 2009, p. 26).
Ces notices internationales permettaient de solliciter l’action des pays membres ou des informations. Mais une notice émise par Interpol ne vaut pas mandat d’arrêt international. Elle permet un partage d'informations respectant la souveraineté des Etats et le principe de non ingérence. Il y a 20 ans, plus de 3 millions de messages transitaient annuellement par Interpol, soit environ 10 000 messages par jour (entretien avec K.-H. KIND, responsable de l’unité en charge de la lutte contre le trafic des biens culturels, à Interpol, en juil. 2005). A ce jour, plus de 150 millions de données policières arrivent dans l'année, soit environ 410 000 chaque jour. Autant dire qu'il s'agit de trier, classer dans les bases de données spécifiques, jeter les doublons, tel un centre de tri.
La coordination de cent quatre-vingt-seize polices est ambitieuse alors qu’au sein même de chaque Etat règne souvent une « guerre des polices ». L’un des objectifs majeurs d'Interpol est de ne froisser aucune susceptibilité nationale au risque de se saborder (L. GREILSAMER, Interpol, Policiers sans frontières, Paris, Fayard, 1997, p. 203).
Depuis plusieurs années, Interpol recense dans une base de données les descriptions des œuvres d’art volées transmises par les services de police des pays membres. Les oeuvres d'art volées recensées sont au nombre de 54 653 d'après le dernier rapport publié par Interpol (données de 2024, p. 24). Le fait que l’objet recherché ne figure pas sur cette base de données ne signifie pas qu’il n’a pas été volé. Autrement dit, si le fichier a le mérite d'exister, il est incomplet. Toutefois, l’objectif de cette base de données est d’augmenter les diligences des acquéreurs pour qu’ils ne puissent plus se prévaloir de leur ignorance lors de l’achat d’un objet.
L'Etat se doit de garantir la sécurité des transactions dans le commerce de l’art. Il est cependant aussi collectionneur et bénéficie à ce titre de pouvoirs exorbitants du droit commun. En matière culturelle, les diverses mesures législatives et réglementaires permettent tant la promotion de la culture que sa préservation, voire l’enrichissement du patrimoine national.
Aussi, l’histoire a vu des États devenir acteurs du trafic de biens culturels au point de menacer l’action entreprise par Interpol. Interpol n’a pas participé à la recherche et à la localisation les dépôts de trésors artistiques des nazis. En comprendre les raisons est essentiel. Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, la Gestapo a entrepris un gigantesque pillage artistique de l’Europe (P. ASSOULINE, Le portrait, Paris, Gallimard, 2007, 308 p.). Des milliers d’œuvres d’art ont ainsi été saisies, volées, revendues, détruites ou entassées. En plein cœur des combats, des convois emportaient des tableaux ou des sculptures jusqu’à des caches (L. H. NICHOLAS, Le pillage de l’Europe, les œuvres d’art volées par les nazis, op. cit.).
Interpol était depuis 1938 au service du Reich (L. GREILSAMER, Interpol, op. cit., p. 203). L’organisation essaya de maintenir une coopération entre les polices étrangères, mais la France était récalcitrante et les États-Unis se retirèrent de l’organisation en 1941. Ce qui n’empêcha pas Interpol de continuer à fonctionner, bénéficiant du travail de la Gestapo à laquelle elle avait confié ses fichiers. Une fois la guerre terminée, Interpol refusa de participer à la restitution des biens culturels volés, estimant que cette recherche serait contraire à l’article 2 de son statut puisqu’elle présenterait un caractère politique, "la police d’un État ne pouvant accomplir aucun acte sur le territoire d’un autre État, ni être tenue d’accomplir un acte sur son propre territoire à la demande d’un État étranger". Les statuts et notamment cet article ont été revus depuis.
Dans l'intervalle, c'est un corps spécial d’officiers des monuments, le MFAA (Monuments, Fine Arts and Archives) créé par les Américains et totalement indépendant d'Interpol, qui assuma seul la mission de rechercher ou de localiser les œuvres d'art spoliées. Ils passèrent des années à trier et à restituer ces œuvres aux musées et aux propriétaires. Certaines, détruites ou volées, n’ont pas encore été retrouvées.
Il faudra attendre les années 1970 et l’affaire MENTEN pour qu’Interpol reprenne sa place dans le jeu, petit à petit.
Pieter MENTEN, collectionneur d’art hollandais, se voit reprocher en juin 1976 d’être un criminel de guerre nazi au moment où il s’apprête à vendre une partie de sa collection de peintures. Il est accusé par des journalistes d’avoir participé à l’exécution de centaines de Juifs et de Polonais ainsi que d’avoir volé des œuvres d’art. Pieter MENTEN dément, se défendant d'avoir uniquement servi d’interprète pour les troupes allemandes durant la guerre. La justice néerlandaise l’avait pourtant condamné en 1949 à huit mois d’emprisonnement pour avoir aidé les troupes allemandes en tant qu'expert artistique. Il fuit les Pays-Bas et se réfugie en Suisse qui applique pour la première fois un arrêté sur les crimes contre l’Humanité (1965) et l’expulse vers les Pays-Bas.
Dans cette affaire, Interpol a mis en contact les deux pays concernés, leur demandant de régler le problème dans le cadre de leurs relations bilatérales. En l’espèce, l’organisation joua un rôle de "médiateur" en participant à l’arrestation et à l’expulsion de MENTEN, mais indirectement.
De même, en 1982, Interpol refusa de participer à l’arrestation de Klaus BARBIE.
Il faut encore attendre 1985 pour qu'Interpol généralise la diffusion des fameuses notices rouges qui entraînent en principe, dès que la personne recherchée est découverte et identifiée, son arrestation et son extradition (in L. GREILSAMER, Interpol, op. cit., p. 203).
Nous avons précédemment insisté sur les échecs inhérents à l’organisation et à son système de communication. Il s’agit essentiellement des cas où la base de données a bien été consultée mais où l’objet reste perdu. Il y a également les cas où la police reçoit des informations sur des objets et réussit à les identifier comme étant volés, sans pour autant être en mesure de les localiser. Enfin, il reste d'innombrables cas où l’objet n’est pas décrit comme volé car l’information n’a pas été transmise à Interpol. Les raisons sont multiples.
Lorsqu'elle fonctionne, la coopération internationale fournit de nombreux exemples de réussite. À commencer par celui qui a permis l’identification de plusieurs objets saisis par les polices suisses et françaises chez un suspect de nationalité française qui a pillé plusieurs dizaines de musées en France et en Suisse, mais aussi dans des pays avoisinants. Il s’agit de Stéphane BREITWIESER.
Photo de la façade du siège d'Interpol à Lyon : © Webador.
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