A qui appartient la beauté ?

Publié le 23 mars 2026 à 17:56

 

L'excellent ouvrage de Bénédicte SAVOY (qui a fait l'objet d'un cours au Collège de France, disponible sous forme de podcast sur France Culture, ici) pose la première pierre.

 

L'analyse de Bénédicte SAVOY porte sur le point de savoir qui a le droit de posséder les œuvres d'art, tout en insistant sur leur valeur universelle. Bénédicte SAVOY fait le constat que la beauté appartient à tout le monde, a fortiori la beauté n'appartient donc à personne (Bénédicte SAVOY, A qui appartient la beauté, éd. La Découverte, 2026, 264 p.). Pourtant, la beauté est accumulée dans les musées qui s'en revendiquent propriétaires.

Quid des pays ou des communautés où les œuvres ont été créées et qui sont privés de leurs arts ? Quid aussi de l'humanité tout entière qui peut demander à contempler de manière égalitaire les beautés ? Quid des familles spoliées pendant les guerres ?

Prenons l'exemple du buste de Néfertiti découvert en Égypte est toujours exposé à Berlin, ou encore l'hôtel de Pergame transporté jusqu'à Berlin. Le livre de Bénédicte SAVOY identifie de nombreuses situations et sa lecture on ne peut plus recommandée pour plus de détails.

Le pillage des pyramides égyptiennes par les Français, les Anglais ainsi que les Allemands dans une espèce de course à l'échalote révèlent les enjeux de domination, de pouvoir. Aujourd'hui, on parlerait de soft power. On peut dire que les plus prestigieux musées (dont le Louvre ou le British Museum) se sont créés comme des entrepôts de biens recelés avec une volonté non dissimulée de domination politique européenne. L'intention de voler était bien matérialisée lorsque l'on lit les récits de caisses, transitant de nuit sur le Nil, dissimulées par des toiles de chantier sur des felouques surchargés.

Les guerres n'ont pas pour autant été évitées, encore moins les pillages ou destructions, a contrario elles ont indirectement permis, tardivement, de donner un cadre à la dépossession de la beauté (cf. Convention de Paris de 1970). Sans pour autant donner de solution à des débats politiques sans fin. Les frises du Parthénon en sont un des exemples les plus connus. En Grèce, elles manquent à la population, aux touristes, à l'œuvre, à l'identité culturelle du pays. D'immenses cavités attendent un possible retour, sans cesse reporté.

La beauté a pour vocation de circuler, pour que l'inventeur, sa communauté, son pays, soient connus ainsi que la culture, les méthodes, les symboles. La beauté est un instrument de paix. Malheureusement, les circulations ont souvent été violentes ou inégales. Bénédicte SAVOY propose d'ouvrir un débat éthique sur le patrimoine culturel mondial qui permettrait des restitutions fondamentales pour mettre un terme définitif aux rapports de domination, de spoliation, de colonisation.

Sans oublier les spoliations des biens appartenant aux familles juives, dépouillées puis massacrées, sans que toutes les restitutions n'aient encore eu lieu (H. FELICIANO, Le musée disparu, Enquête sur le pillage des œuvres d’art en France par les nazis, Gallimard, coll. Connaissance, 2009, 394 p. ; L. H. NICHOLAS, Le pillage de l’Europe, les œuvres d’art volées par les nazis, Paris, Seuil, 1995, 557 p.).

Le sujet est vaste. Votre serviteur vous invite à commencer son histoire dans le monde du vol d'art et l'aide d'Interpol, ô combien précieuse.

 

© Photo Suzy Hazelwood / Pexels.